Les archives du semi-rigide

L'enquète continue

Michel LE BAS 11 2004

En hommage à Paul Brot

Premier contact

Possédant un bateau pneumatique Bombard 4, j'étais à la recherche d'un bateau qui présenterait des caractéristiques plus évoluées sur certains plans, notamment la tenue de mer, l'absence d'entretien et la navigation plus au sec.

J'ai assez vite été intéressé par le concept semi rigide, et je suis allé voir Paul Brot au Hall Méditerranée, sur l'île de la jatte à Paris, au milieu de la Seine.

Les souvenirs que j'en ai sont multiples et contradictoires. D'abord une façade de garage avec une partie consacrée à la mécanique bateau, et une autre aux bureaux, exposition, livraison. Il y avait d'imbriquée dans les volumes une péniche et la seine était discrète mais bien présente.

Une petite équipe, un bureau, quelques ouvriers qui s'affèrent, et Paul Brot dans cet univers, passant d'un client à l'autre entre deux appels téléphoniques.

Mélange d'inventions, de trouvailles, de bricolage et de professionnalisme, d'improvisation et de rigueur.

Quelques bateaux exposés. Il me semble qu'il y avait un étage ou une sorte de coursive. Parmi les éléments présentés,, je me souviens notamment d'une sorte de petite cabine avant dont la structure était composée d'un boudin gonflable de faible diamètre.

Les brevets

Paul Brot avait fait breveter son invention du semi rigide, et je me suis laissé dire que, pendant la durée de validité de ses brevets, il a empêché une société anglaise de vendre des semi rigides en France : il s'agissait des modèles sea rider de la société Avon

Il a aussi vendu des brevets à la société zodiac qui a mis sur le marché des PB-Zodiacs réservés surtout aux professionnels, et qui associaient heureusement l'ingéniosité et l'inventivité » de Paul Brot à la puissance industrielle de la firme.

Par la suite, P.Brot a créé de nouveaux modèles (et déposé de nouveaux brevets ?) pour des PB qui étaient démontables, en ce sens que l'on pouvait désolidariser les boudins de la coque en enlevant de nombreuses vis en passant au travers d'une baguette (jonc) qui pinçait la toile contre la coque. Etait ce aussi une astuce pour contourner la vente de brevets effectuée en créant un nouveau concept ? j'aurais tendance à le penser.

Par la suite, il s'est souvent dit que Paul Brot avait vendu des brevets à la firme Zeppelin de château du Loir. Il est vrai que les premiers modèles de la marque avaient de très fortes ressemblances (carène, forme des boudins, flats, plan de pont, etc. ??)

Est-ce confirmé ? Si oui, à quelle époque ? La société a depuis largement développé ses propres concepts et de nombreuses innovations.

Autres inventions

Parmi plusieurs nouveautés qui avaient eu un écho médiatique et un grand renfort de publicité, on peut citer au moins les pneumatiques à voile qui arboraient un mat et une voilure généreux, sans que l'on puisse savoir s'ils ont effectivement dépassé le stade prototype. Les photos de publicités attestaient du caractère effectif de ces réalisations.

Une autre invention, qui n'a pas semble t il dépassé le stade de l'expérimentation, était le semi rigide propulsé par une grande hélice à l'ai libre à l'arrière, protégée par une cage en grillage. Des nouveautés incroyables étaient annoncées par Paul Brot dans ses publicités. Y a-t-il eu des réflexions sur des engins plus évolués, genre aéroglisseurs ? La question reste posée.

Les anecdotes

Le mot ne convient peut être pas. Mais lors de brèves rencontres avec P.B., j'ai des souvenirs très précis de conversations que j'ai eues avec lui.

Pour la vente de semi rigides à la marine, par exemple, il m'a indiqué qu'il faisait des tests dans le Raz Blanchard, de navigation difficile s'il en est (les plus forts courants de France), impraticable par un petit croiseur côtier dès que les conditions de vent et de courant commencent à être significatives. Ainsi, Paul Brot testait des semi rigides en ces lieux inhospitaliers, sous les yeux des observateurs de la marine, un hélicoptère assurant la sécurité à vue, rotor en marche, du haut de la falaise, le canot de sauvetage de Goury étant lui aussi de sortie pour assurer la sécurité en mer. C'est ainsi que l'on voyait sortir du Hall méditerranée des remorques avec des semi rigides gris, entassés et à destination des navires de la marine française. L'histoire ne dit pas si les concurrents se prêtaient jusqu'au bout aux acrobaties dans le raz Blanchard, mais le fait est que l'on voyait à l'époque pas mal de PB en service dans la marine.

Le semi rigide de taille modeste que j'allais acheter étant équipé en barre franche, Paul Brot était assez mécontent de cette option, et il m'a expliqué pourquoi. Un jour, faisant un essai de bateau sur la seine, en barre franche, il a du vouloir trop en faire et s'est trouvé éjecté. Le bateau s'est mis à faire des cercles autour du pilote tombé à l'eau, et, à chaque fois, il plongeait pour éviter l'hélice. Malheureusement, il a raté une fois son coup, et l'hélice lui a labouré l'épaule. Je n'ai pas demandé à voir la cicatrice.

Pour vendre des bateaux à des marines étrangères, Paul Brot se livrait à une démonstration peu ordinaire : il attachait un poignard à une perche, au bout duquel était fixée une craie. Après un ou deux passages d'essai, il passait à bonne allure et la craie laissait une trace sur tout le boudin, sans que le poignard ne perce celui-ci. C'était une prouesse de pilotage, et cela devait impressionner les acheteurs potentiels.

Difficultés

Je ne sais s'il réalisait ses coques lui-même ou s'il les sous traitait ? Le fait est qu'elles présentaient un compromis poids, rigidité assez impressionnant.

J'ai eu l'occasion d'évoquer un jour un curieux défaut qui frappait à une époque ses fabrications : sous la coque, juste avant le tableau arrière, il se produisait un renfoncement qui donnait une allure bizarre au bateau. Paul Brot m'a indiqué qu'il avait fait faire des expertises coûteuses pour trouver la cause et le remède.

Un autre point a dû aussi lui causer pas mal de soucis, c'est lorsque des projets immobiliers ont été projetés sur l'île de la Jatte. Je n'ai pas de renseignements précis sur cette époque, mais les acquisitions amiables ou par voie d'expropriation ont certainement porté un coup dur à son entreprise, voire à sa santé ??

 

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Souvenir

Qui se souvient du semi rigide à trois cabines de 8 mètres de long et de 35 cm de tirant d'eau qui naviguait en démonstration avec journalistes à bord du côté des îles de Lérins ?

Qui a en mémoire le test publié dans Neptune Nautisme par Mr Balny d'Avricourt qui passait, à l'époque, le cap des 100 km/h avec un PB de série ?

Un jour, en méditerranée, une équipe de télévision allemande filmait un « acrobate » qui sautait dans les vagues avec un semi rigide. Le pilote ne savait pas qu'il était filmé. Toujours est il qu'après cette séance, au ralenti sur un écran de contrôle, les vidéastes ont pu mesurer les sauts réalisés. Paul Brot était assez fier de m'annoncer le résultat : 15 mètres de long et 3 mètres de haut. La bande existe probablement quelque part . Qui la retrouvera ?

Les démonstrations de parachute ascensionnel en méditerranée ont du laisser des souvenirs ? Celles de ski nautique derrière un semi rigide de 3.10 m de long n'ont pas dû laisser indifférents les spectateurs.

Qui ressortira les brevets initiaux déposés par Paul Brot.

Qui a connu cette époque et qui peut mettre à disposition des documents qui permettraient de retracer son histoire et de rétablir son rôle exact dans l'invention du semi rigide ?

Je fais partie des utilisateurs de semi rigides qui restent très intéressés par cette question, pour la mémoire.

Michel LE BAS 11 / 2004

Déjà paru dans le dossier des archives:

Les publicités Paul Brot

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à suivre... il parait que nos amis anglais seraient les inventeurs du semi-rigide !

nous attendons les preuves .... Roger ;-)